Adverbes de positionnement énonciatif dans un corpus d’écrits scientifiques. Étude contrastive anglais – français – espagnol

Par Hélène Chuquet et Ramon Marti Solano
Publication en ligne le 06 septembre 2019

Texte intégral

1Le présent article a pour objet de donner un aperçu de l’exploitation possible d’un corpus multilingue de textes relevant d’un même genre discursif à des fins d’observation et d’analyse d’un phénomène linguistique, dans une perspective contrastive. Nous fondant sur un corpus de textes extraits d’ouvrages de linguistique, comportant des originaux dans deux langues (anglais et français) et des traductions dans ces deux langues et en espagnol, nous avons choisi de nous intéresser à une catégorie d’adverbes que l’on rencontre très fréquemment en anglais, pour examiner leurs équivalents dans les deux autres langues. Ces adverbes, diversement appelés « modaux » ou « évaluatifs », marquent le positionnement de l’énonciateur par rapport à son propos, dans le cadre d’un discours scientifique ou pédagogique tel qu’il est représenté dans le corpus1. Notre intention n’est pas de procéder à une étude approfondie des adverbes de l’anglais eux-mêmes, ni des configurations qui leur correspondent en français et en espagnol, mais d’illustrer les potentialités d’une étude sur ce type de corpus et d’esquisser quelques généralisations qui peuvent en être tirées.

2Nous commencerons par un certain nombre de remarques méthodologiques sur le traitement d’un corpus à la fois comparable, parallèle et, pour l’anglais et le français, bi-directionnel, et nous évoquerons la pertinence de la catégorie de marqueurs faisant l’objet de l’étude, par rapport à la nature scientifique du corpus. L’examen des résultats quantitatifs issus du corpus et le commentaire d’exemples en contexte de quelques cas de figure nous permettront de suggérer une synthèse des écarts de fonctionnement entre les trois langues et d’en tirer certaines conclusions touchant aux normes de rédaction scientifique dans chacune de ces langues.

1. Objet d’étude et corpus

1.1. Adverbes de « positionnement énonciatif »

3La catégorie des adverbes, tout à la fois vaste et aux contours relativement flous, a déjà fait l’objet de nombreux travaux dans les trois langues considérées ici2, et il ne s’agit pour nous que d’en évoquer un aspect limité, dans une perspective inter-langues et dans le cadre d’un corpus spécifique bien délimité. Notre point de départ est l’anglais, langue qui possède une classe extrêmement nombreuse et morphologiquement homogène d’adverbes formés par l’adjonction du suffixe -ly, susceptibles d’avoir dans la phrase des fonctions, et surtout des portées variées3 – portée intra- ou extra-prédicative, incidence exophrastique (adverbes souvent appelés « de phrase », ou « disjonctifs »), expression d’une prise de position du locuteur par rapport à un (ou des) éléments de son discours, ou de l’ensemble de son dire. L’omniprésence de ces adverbes dans tous les registres de l’anglais s’explique en partie par la grande productivité du suffixe -ly, qui peut s’associer à d’autres formes de dérivation pour construire des adverbes au sémantisme complexe : il peut en effet s’adjoindre à des participes (amazingly, reportedly), à des adjectifs portant déjà un suffixe modalisant (remarkably, predictably), et ces mêmes adverbes, doublement dérivés, peuvent à leur tour être négativés par préfixation (unpredictably, unsurprisingly). Bien que des formes correspondantes de dérivation adverbiale existent en français (-ment) et en espagnol (-mente) elles sont toutefois soumises à des contraintes morpho-syntaxiques plus importantes, et globalement la fréquence des adverbes pouvant correspondre aux formes en -ly de l’anglais est bien moindre. Le décalage est particulièrement spectaculaire avec le français, qui ne compterait qu’environ 1 900 adverbes en -ment contre 12 000 adverbes en -ly en anglais4, et certains travaux contrastifs soulignent eux aussi la fréquence d’emploi moindre des adverbes en -mente en espagnol5.

4Ce constat du décalage entre les langues conduit naturellement les linguistes à s’intéresser aux adverbes dans une perspective contrastive, et tout particulièrement à ceux qui d’une façon ou d’une autre marquent une position subjective de l’énonciateur. Souvent désignés sous le terme général de « modal adverbs », ils ne forment toutefois pas un groupe homogène, tant sur le plan syntaxique (intégrés à la proposition, ou détachés en tête de phrase) que sémantique (exprimant divers ordres de modalité – épistémique, appréciative –, orientés vers le sujet ou vers l’ensemble de la prédication, portant un jugement sur le dire…). Ce n’est pas ici le lieu d’entrer dans les détails, et nous renvoyons le lecteur à la sélection de références figurant en bibliographie6.

5Pour notre part, nous nous intéresserons ici, en partant de l’anglais, à une série d’adverbes de phrase, rencontrés en position détachée, pour la plupart antéposés à la prédication, pour des raisons à la fois théoriques et pratiques exposées dans la section suivante. Ces adverbes expriment diverses valeurs modales : celles sous lesquelles Anscombre (2009 : 3) regroupe les adverbes « d’attitude énonciative », qui reflètent « une attitude du locuteur vis-à-vis de l’énonciation »7 (incidentally, tentatively), mais aussi des adverbes relevant de la modalité épistémique (surely, presumably) ou appréciative (importantly, amazingly), ainsi que des adverbes comme obviously ou apparently qui orientent la perception des faits, dans le sens de l’évidence ou bien de la mise à distance8. Certains de ces adverbes ont fait l’objet d’études contrastives entre l’anglais et le français9, ou entre l’anglais et l’espagnol10, se fondant sur l’examen de corpus traduits ou comparables ; le présent article entend proposer un modeste prolongement à ces recherches, sur la base d’un corpus trilingue représentant un registre particulier du genre textuel que constituent les écrits scientifiques.

1.2. Paradoxe de la subjectivité dans un corpus d’écrits de linguistique

6Notre étude s’inscrit dans un projet de constitution et d’exploitation de corpus multilingues11 visant à diversifier les genres textuels représentés dans le domaine de la recherche en linguistique contrastive, reposant jusqu’ici pour l’essentiel sur des textes littéraires ou journalistiques, ou sur des corpus de langue spécialisée (juridique, informatique, médicale, par exemple). En effet, l’importance de la prise en compte de registres différents dans les études linguistiques et contrastives est largement reconnue depuis un certain nombre d’années, ainsi que l’a souligné Granger (2015), en insistant sur la nécessité de tenir compte des variations de registre pour mieux distinguer les différences interlinguistiques d’ordre systémique, dues aux langues elles-mêmes, des différences d’ordre stylistique liées au registre. L’analyse des registres est déjà bien répandue en ce qui concerne la recherche sur des corpus monolingues, mais demande à être étendue à des corpus bilingues et multilingues, qui restent encore à élaborer afin de pouvoir mener des comparaisons inter-langues fondées sur des données empiriques pertinentes, qui mettent en lumière les variations de marqueurs ou de structures caractéristiques de tel ou tel genre textuel12.

7L’un des registres qui ont commencé ces dernières années à être explorés du point de vue de l’analyse linguistique est celui du discours « scientifique », au sens large, incluant des écrits relevant de différents domaines des sciences, notamment humaines et sociales. Les travaux issus du projet Scientext13 proposent une réflexion sur ce champ de recherche, qui met en évidence un certain nombre d’écueils rencontrés, notamment la diversité de l’objet d’investigation et la remise en cause nécessaire du « postulat d’une forme d’unicité du texte scientifique »14.

8Un certain nombre de phénomènes discursifs occupent une place privilégiée dans l’analyse des écrits scientifiques, et il est particulièrement intéressant de se pencher sur la présence et le positionnement de l’auteur dans son texte, qui semblerait à première vue en contradiction avec l’effacement énonciatif supposé dans ce genre de texte, censé présenter des « faits objectifs et des modalités de raisonnement partagées par l’ensemble d’une même communauté scientifique »15. Or les recherches menées, tant sur le français que dans une perspective inter-langue, montrent que l’inscription de l’énonciateur dans les textes scientifiques est bien réelle et se manifeste à travers toute une palette de procédés argumentatifs, rhétoriques, modaux, diversement incarnés par les marqueurs lexico-grammaticaux selon les langues, avec des fréquences variables que l’exploration des corpus permet de mesurer16.

9C’est dans ce cadre que nous venons de brosser à grands traits que s’inscrit la constitution de la partie « linguistique » du corpus GRAFE, destinée à permettre l’exploration des caractéristiques discursives dans plusieurs langues d’écrits universitaires traitant de linguistique et d’en dégager, si possible, les spécificités. La nature multilingue de cette partie du corpus a été limitée par la disponibilité des ressources en textes traduits à partir de l’anglais ou du français vers d’autres langues ; dans son état actuel, sont exploitables des originaux en anglais et en français, traduits respectivement vers le français et l’anglais, les deux ensembles de textes originaux étant également traduits vers l’espagnol17.

1.3. Corpus parallèle et comparable bi-directionnel – quelques remarques méthodologiques

10Comme nous l’avons dit plus haut, nous sommes partis de l’anglais comme langue originale pour plusieurs raisons : existence en anglais d’une vaste classe d’adverbes en -ly exprimant une posture énonciative ; fréquence d’emploi de ces adverbes, constatée dans de nombreux travaux ; tendance forte à la modalisation en anglais. Il faut toutefois évoquer également une contrainte technique qui avait une incidence sur les possibilités de recherche d’occurrences qui s’offraient à nous. En effet, travaillant à partir d’un corpus encore en élaboration, nous n’avions pas accès à des textes alignés pouvant être interrogés automatiquement à l’aide de concordanciers multilingues, et l’absence d’étiquetage syntaxique à ce stade ne permettait pas non plus d’effectuer des recherches sur des catégories grammaticales. Le type de marqueur retenu, adverbes portant de manière homogène la marque morphologique -ly et, dans l’emploi énonciatif qui nous intéressait, détachés en tête de phrase (ou, plus rarement, entre virgules à l’intérieur de la phrase) nous a permis d’extraire le plus grand nombre possible d’occurrences pertinentes à l’aide d’un simple travail « manuel » sous traitement de texte, en recherchant systématiquement la séquence : <ly,>.

11Étant donné la taille relativement modeste du corpus, le caractère sans doute incomplet des occurrences livrées par le mode de recherche manuel, et le choix en partie subjectif des adverbes retenus comme étant des marqueurs de positionnement énonciatif, les résultats présentés et commentés ci-après n’ont aucune prétention à l’exhaustivité et ne cherchent pas à apporter une démonstration quantitative. Ils permettent toutefois d’émettre quelques hypothèses contrastives sur trois langues, tout en confirmant ou en prolongeant les observations livrées par de précédents travaux sur ce type d’adverbe.

12Partis de l’anglais, nous ne nous sommes pas contentés d’une étude uni-directionnelle ; il n’était en effet pas question de nous arrêter à la manière dont ces adverbes étaient traduits dans les deux autres langues. Tous les travaux sur la méthodologie de la recherche contrastive sur corpus insistent sur la nécessité d’avoir recours à deux types de corpus : parallèles (traduits d’une langue vers une ou plusieurs autres) et comparables (originaux dans chacune des langues), afin d’être en mesure de vérifier, parmi les variations observées, quelles sont celles qui sont liées en propre au fait même de la traduction, et quelles sont celles qui peuvent être attribuées à des différences de fonctionnement entre les langues en présence18. Ainsi, dans notre corpus, la comparaison des originaux anglais avec les traductions française et espagnole nous permet d’observer les choix effectués dans ces langues pour traduire les adverbes de l’anglais ; mais l’étape suivante, indispensable, a été de voir quels étaient les adverbes ou les autres tournures du français (langue originale) qui étaient traduits par des adverbes « de phrase » en -ly, ce qui nous a conduit à rechercher cette même séquence <ly,> dans les traductions anglaises des originaux français. Afin de parvenir à brosser un tableau complet des correspondances mutuelles, il faudrait évidemment disposer d’originaux en espagnol du même genre textuel, traduits en anglais et en français. Enfin, pour établir de manière fiable les conditions et la fréquence d’emploi de ce type de marque de positionnement énonciatif dans les textes de linguistique, seul l’examen de corpus originaux de taille importante dans chacune des trois langues permettrait d’en proposer une mesure quantitative.

2. Adverbes en -ly de positionnement énonciatif et leurs équivalents

2.1. De l’anglais vers le français et l’espagnol

13Considérons tout d’abord les traductions en français et en espagnol des adverbes en -ly relevés dans le corpus. Nous rappelons que nous avons cherché les occurrences d’adverbes « de phrase » détachés en position initiale ou entre virgules, parmi lesquels nous avons retenu ceux qui nous paraissaient peu ou prou renvoyer à un positionnement de l’énonciateur vis-à-vis du contenu ou des conditions de production de son énoncé. Le tableau 1 présente les résultats, en proposant un classement des adverbes en fonction des valeurs sémantiques véhiculées.

(a) Adverbes renvoyant au caractère plus ou moins « évident » des faits ou des données : 1919

obviously : 10

manifestement  : 5

évidemment

à l’évidence

cela est évident

sans nulle peine

non traduit

es obvio que… : 6

por supuesto : 2

y de forma más obvia

non traduit

clearly : 4

manifestement  : 2

bien entendu

bien évidemment

es obvio que… : 3

evidentemente

patently : 1

de toute évidence

evidentemente

(quite) plainly : 1

manifestement

obviamente

apparently : 3

apparemment : 3

a lo que parece : 2

todo parece indicar que…

(b) Adverbes de valuation – jugement de valeur (modalité appréciative) : 13

(more) importantly : 3

– et ceci est plus important – : 2

– et il est important de le noter –

y esto es más importante

en segundo y más importante lugar

non traduit

significantly : 2

il est significatif que… : 2

de modo significativo

passage non traduit

amazingly : 1

fait étonnant,

y por sorprendente que nos pueda parecer

astoundingly : 1

ce qui est étonnant, c’est que…

lo asombroso del caso de Simón es que…

(just as) interestingly : 1

il est (tout aussi) intéressant de remarquer que…

lo interesante del caso es que…

inexplicably : 1

sans qu’on puisse l’expliquer

inexplicablemente

(quite) illegitimately : 1

de façon totalement erronée

de manera totalmente ilegítima

fortunately : 2

heureusement

fort heureusement

por fortuna

understandably : 1

on comprend alors que…

es comprensible que…

(c) Adverbes de modalité épistémique : 6

undoubtedly : 1

sans aucun doute

sin duda

surely : 1

tout de même

no hay duda

presumably : 2

peut (pouvoir)

à peu près

en principio

verosímilmente

conceivably : 1

il est concevable que…

passage non traduit

arguably : 1

on peut considérer…

probablemente

(d) Adverbes « d’attitude énonciative » : 9

incidentally : 4

notons en passant

on doit observer en passant

remarquons au passage

non traduit

dicho sea de paso : 3

dicho sea entre paréntesis

actually : 2

en fait

à vrai dire

en rigor

no obstante

speaking generally : 2

disons, d’une manière générale, que

de façon très générale

hablando en términos generales

en términos muy generales

speaking vaguely : 1

pour parler sans précision

hablando vagamente

Tableau 1 – Traductions des adverbes relevées dans le corpus EN > FR & ES (128 700 mots)

14La taille modeste du corpus interrogé à ce stade et du nombre total d’occurrences relevées incite à la plus grande prudence dans l’interprétation des résultats, en interdit bien évidemment toute exploitation statistique, mais permet néanmoins d’identifier certaines caractéristiques par lesquelles les trois langues se distinguent les unes des autres.

15Les 47 occurrences retenues en anglais sont réparties entre 23 adverbes, et l’on peut d’ores et déjà faire quelques remarques sur chacune des quatre catégories proposées, avant de revenir en contexte sur deux cas de figure particulièrement représentatifs des problèmes de traduction rencontrés20.

16(a) obviously, clearly, apparently… marquent que la validité d’un énoncé est (ou demande à être) confirmée par des données externes, et expriment une position du locuteur partant du principe d’une connaissance partagée par la communauté de lecteurs à laquelle il s’adresse, y compris lorsque, dans le cas de apparently, il y a une mise à distance subjective par rapport aux faits observés21 ; nous reviendrons plus loin sur le cas de obviously.

17(b) importantly, interestingly, inexplicably, understandably… : sur le plan sémantique, ces adverbes expriment une valuation de la part du locuteur, qui vise à attirer l’attention sur l’importance / l’intérêt / le caractère surprenant du contenu qui suit ; mais c’est surtout du point de vue morphosyntaxique que ces adverbes de l’anglais présentent des caractéristiques complexes qui en rendent souvent problématique la traduction. Combinant plusieurs types de modalité (appréciative, radicale) dans leur forme synthétique, ils sont aptes à jouer un rôle prédicatif en tant qu’adverbes de phrase, ce qui leur donne une certaine autonomie par rapport à l’ensemble de l’énoncé22 ; nous y reviendrons dans la section suivante.

18(c) undoubtedly, surely, presumably… : les adverbes de cette série relèvent de la modalité épistémique du plus ou moins certain ; à la simple évaluation du caractère possible, probable ou nécessaire qu’exprimeraient les adverbes « centraux » que sont possibly, probably ou certainly (que nous avons exclus du champ de cette étude)23 s’ajoutent des valeurs touchant à l’intersubjectivité, se rapprochant de la concession (notamment avec surely ou arguably), qui mettent en jeu un positionnement spécifique du locuteur face à celui (présumé) de son interlocuteur24.

19(d) incidentally, (speaking) generally : il s’agit typiquement ici d’adverbes « d’attitude énonciative », de « style disjuncts » (voir plus haut, note 7), par lesquels le locuteur commente ou nuance la forme de son propre discours ; ils sont toutefois relativement peu nombreux dans le corpus étudié, par rapport à ce que l’on pourrait attendre dans des textes présentant un exposé scientifique (« expository writing »).

20Voyons à présent les informations qu’apporte notre relevé sur les choix de traduction de ces adverbes. En français, sur les 47 occurrences en anglais, seules 15 sont traduites par des adverbes en -ment, dont 13 dans la première catégorie « évidentielle », parmi lesquelles 8 occurrences de l’adverbe manifestement ; on ne trouve d’ailleurs qu’un seul adverbe en -ment en dehors de cette première catégorie (heureusement en face de fortunately, seul représentant dans la catégorie de la modalité appréciative), et aucun parmi les traductions des adverbes de modalité épistémique ou d’attitude énonciative. À côté d’un certain nombre de syntagmes prépositionnels figés à fonction adverbiale (sans doute, à l’évidence, de façon générale), l’autre grande catégorie de traductions est celle où l’adverbe anglais est rendu par une proposition en incise ou une tournure présentative avec subordination ; ceci est quasi-systématique pour les adverbes de modalité appréciative (il est intéressant / significatif de / que…, ce qui est étonnant, c’est que…, et ceci est plus important / et il est important de le noter), venant confirmer, dans ce corpus parallèle de textes de sciences humaines, les observations faites ailleurs à partir de corpus de presse. Quant aux adverbes « d’attitude énonciative », ils semblent donner lieu assez systématiquement à des prédications verbales introduisant le propos (notons que…, disons que…) associées à des qualifications incidentes, souvent en incise, sous forme de syntagmes prépositionnels exprimant le sémantisme intégré aux adverbes de l’anglais (en passant / au passage, de façon très générale…).

21Dans les traductions en espagnol, nous avons relevé un nombre encore plus limité d’adverbes en -mente, 7 seulement, répartis sur l’ensemble des catégories sémantiques identifiées. Comme en français, on trouve quelques locutions prépositionnelles figées à fonction de connecteurs ou de marqueurs discursifs (por supuesto, sin duda, en rigor…), et la traduction des adverbes de modalité appréciative passe majoritairement par une structure verbale en incise ou introduisant une subordonnée : y esto es más importante, lo interesante del caso es que…. Cette configuration est également la solution choisie en priorité pour traduire obviously ou clearly : es obvio que…, traduction qui semble d’ailleurs nettement plus satisfaisante que l’emploi quasi-systématique de manifestement dans les traductions françaises. Toutefois, il est un peu surprenant que les traducteurs espagnols n’aient pas envisagé la séquence es evidente que, plus adaptée à ce type de registre ; l’existence en espagnol du mot obvio, apparenté à obvious, encourage sans doute l’emploi de la tournure es obvio que, laissant de côté d’autres possibilités, telles que es evidente que ou está claro que ou encore se ve a las claras que (ces deux dernières étant des tournures plus populaires, moins soutenues). Une recherche dans les deux grands corpus généraux de la langue espagnole25 montre d’ailleurs que la séquence es evidente que est beaucoup plus répandue que es obvio que, exactement 3 749 occurrences pour la première contre 936 pour la deuxième. Enfin, dans la dernière catégorie, l’adverbe incidentally, signalant une parenthèse ou digression dans le discours, requiert en espagnol comme en français une tournure verbale : dicho sea de paso, subjonctif passif dans une expression figée qui n’admet aucune variation (comparable à soit dit en passant). Cette tournure, utilisée assez fréquemment dans la langue orale, affiche un nombre important d’occurrences dans les corpus généraux de l’espagnol (500), par rapport à l’autre possibilité stylistique : dicho sea entre paréntesis (26 occurrences seulement).

22On voit ainsi apparaître des choix de traduction relativement proches en français et en espagnol et une réticence à l’emploi d’adverbes en -ment/-mente, liée à la fois aux contraintes morpho-syntaxiques et, sans doute aussi, à la perception de ces formes adverbiales comme « lourdes » selon les normes stylistiques de ces deux langues26 ; dans le cas des adverbes de modalité appréciative, les plus complexes par leur morphologie et la coprésence de plusieurs valeurs sémantiques permettant d’exprimer le jugement énonciatif de manière synthétique, juxtaposé à l’énoncé lui-même, l’espagnol comme le français tend à recourir à des structures syntaxiques de subordination qui placent plus explicitement l’énoncé modalisé sous la dépendance de la tournure exprimant le positionnement énonciatif qui les introduit.

23La question qui se pose alors est de savoir si cette modalisation est, non seulement par son expression à travers les adverbes en -ly mais par sa présence même, caractéristique des textes de ce registre rédigés en anglais, ou si elle se rencontre dans les mêmes proportions dans des textes originaux des deux autres langues ; on aura en effet remarqué que quelques-uns des adverbes retenus n’ont pas été traduits : deux cas de « non-traduction », en français comme en espagnol27. Nous tentons, plus bas, d’apporter un début de réponse pour le français, après avoir donné quelques illustrations en contexte des résultats commentés jusqu’ici.

2.2. Quelques exemples en contexte

  • Adverbes « d’évidence »

24La non-correspondance, à contexte équivalent, des adverbes obviously et évidemment, analysée par Celle (2009) dans un corpus de traductions à partir du français, se retrouve dans notre corpus à partir de l’anglais :

(1) By a generative grammar I mean simply a system of rules that in some explicit and well-defined way assigns structural descriptions to sentences. Obviously, every speaker of a language has mastered and internalized a generative grammar that expresses his knowledge of his language. (Chomsky, Aspects of the Theory of Syntax)

(1a) J’entends simplement par grammaire générative : un système de règles qui assigne une description structurale à des phrases, d’une façon explicite et bien définie. Manifestement, tout sujet parlant une langue a maîtrisé et intériorisé une grammaire générative où se formule sa connaissance de la langue

(1b) Llamo gramática generativa a un sistema de reglas que de manera explícita y bien-definida asigna descripciones estructurales a las oraciones. Es obvio que cada hablante de una lengua ha llegado a interiorizar y dominar una gramática generativa que expresa su conocimiento de su lengua.

(2) We can test the adequacy of a given grammar by asking whether or not each case of constructional homonymity is a real case of ambiguity and each case of the proper kind of ambiguity is actually a case of constructional homonymity(1). [Note 1. Obviously, not all kinds of ambiguity will be analyzable in syntactic terms. For example, we would not expect a grammar to explain the referential ambiguity of “son”-“sun”, “light” (in color, weight), etc.] (Chomsky, Syntactic Structures)

(2a) Nous pouvons tester l'adéquation d'une grammaire donnée en nous demandant si chaque cas d'homonymie de construction est ou n'est pas un cas réel d'ambiguïté, et si chaque cas d'ambiguïté proprement dite est vraiment un cas d'homonymie de construction(1). [n. 1. Évidemment tous les cas d'ambiguïté ne relèvent pas de la syntaxe. Par exemple, nous ne demanderons pas à une grammaire d'expliquer l'ambiguïté référentielle de « son » et « sun », « light » (en couleur ou en poids), etc.]

(2b) Podemos poner a prueba (“test”) la adecuación de una gramática dada suscitando la cuestión de si cada caso de homonimia construccional es o no un caso real de ambigüedad y cada caso del tipo apropiado de ambigüedad es realmente un caso de homonimia construccional(1). [n. 1. Por supuesto, no todos los tipos de ambigüedad serán analizados en términos sintácticos. Por ejemplo, no se nos ocurriría sugerir que la sintaxis explique la ambigüedad referencial de son/sun ‘hijo/sol’, light (en color o peso) ‘claro/ligero’, etc.]

(3) Now take the sentence A unicorn that is eating a flower is in the garden. There are two is’s. Which gets moved? Obviously, not the first one hit by the scan; that would give you a very odd sentence: … (Pinker, The Language Instinct)

(3a) Maintenant, prenez la phrase A unicorn that is eating a flower is in the garden [« Une licorne qui est en train de manger une fleur est dans le jardin »]. Il y a deux is. Lequel déplacer ? À l’évidence pas le premier, cela donnerait une phrase très bizarre : …

(3b) Tomemos ahora la oración El unicornio que está comiendo flores está en el jardín. Ahora tenemos dos está. ¿Cuál de ellos debemos mover? Es obvio que no puede ser el primero que localicemos, ya que en tal caso, obtendríamos una frase bastante anómala: …

(4) Such would seem to be the cardinal numbers of salient differentiation within the species though the individual, obviously, is genetically unique. (Steiner, After Babel)

(4a) C’est de cet ordre de grandeur que sont les différences significatives au sein de l’espèce bien que l’individu soit, lui, unique au point de vue génétique.

(4b) Estos parecerían ser los números cardinales de diferenciación importante, aunque el individuo sea único desde un punto de vista genético.

25L’adverbe obviously ne se contente pas de renvoyer à ce qui peut être inféré des données du réel, mais véhicule aussi une valeur d’ordre intersubjectif visant à faire partager par l’interlocuteur une argumentation fondée sur le caractère « évident » de ce qui est énoncé. Si dans l’exemple (1), on en trouve un emploi relativement neutre, faisant simplement référence au caractère « observable » des faits, traduit respectivement par manifestement et es obvio que, en revanche en (2), l’emploi de obviously dans la note de bas de page semble anticiper une objection potentielle à la généralisation contenue dans l’énoncé principal, et cherche en quelque sorte à « rassurer » le lecteur sur le fait que cette objection (la nuance à apporter : « not all cases can be analyzed in syntactic terms ») est partagée ; une traduction par bien sûr aurait peut-être rendu plus fidèlement cet effet de connivence, et c’est ce choix qui a été fait dans la traduction espagnole, avec por supuesto. On retrouve cette relation de connivence feinte en (3), dans l’énoncé qui suit la question rhétorique, où obviously non seulement marque le caractère évident de la réponse mais suggère que le lecteur-interlocuteur est tout aussi capable que l’« expert » de faire ce constat ; la modalité de l’« évidence » apparaît ainsi comme partagée, sur le plan intersubjectif, tandis que cette dimension semble absente des traductions choisies (à l’évidence, es obvio que), qui renvoient au strict positionnement de l’énonciateur. Torner (sous presse) analyse les valeurs de trois adverbes « d’évidence » en espagnol, à savoir obviamente, evidentemente et visiblemente, traditionnellement décrits comme des marqueurs renforçant la valeur de vérité de l’énoncé, en la présentant comme quelque chose d’incontestable. D’après l’analyse de Torner, ce qui distingue obviamente des deux autres adverbes, c’est qu’il est utilisé plus fréquemment dans des contextes où il marque une conclusion à partir d’une connaissance partagée et non une inférence à partir de données comparables ; ainsi l’emploi de obviamente aurait semblé tout à fait approprié dans les traductions (2b) et (3b).

26En (4), obviously s’inscrit dans le cadre d’une structure concessive introduisant une restriction par rapport à la généralisation énoncée, et renvoie à la connaissance partagée d’un fait incontestable, sans que la moindre « manifestation » ne soit en jeu ; il est intéressant de remarquer qu’ici, l’adverbe disparaît des traductions, qui se contentent de la structure concessive pour construire l’argumentation, mais la modalité énonciative supplémentaire apportée par l’adverbe dans l’énoncé original en anglais est toutefois rendue en français, de façon oblique, par la mise en relief du pronom contrastif lui.

27Lorsqu’il s’agit strictement de faire référence à « ce que tout un chacun peut observer », plutôt qu’obviously, ce sont les adverbes clearly ou plainly qui tendent à apparaître28, comme en (5) :

(5) These [performative utterances] have on the face of them the look—or at least the grammatical make-up— of ‘statements’; but nevertheless they are seen, when more closely inspected, to be, quite plainly, not utterances which could be ‘true’ or ‘false’. (Austin, How To Do Things With Words)

(5a) Ces énonciations [performatives] ont l’air, à première vue, d’« affirmations » — ou du moins en portent-elles le maquillage grammatical. On remarque toutefois, lorsqu’on les examine de plus près, qu’elles ne sont manifestement pas des énonciations susceptibles d’être « vraies » ou « fausses ».

(5b) Ellas [expresiones realizativas] muestran en su rostro la apariencia —o por lo menos el maquillaje gramatical— de “enunciados”; sin embargo, cuando se las mira más de cerca, no son obviamente expresiones lingüísticas que podrían calificarse de “verdaderas” o “falsas”.

28Ici, la traduction par les adverbes manifestement et obviamente semble tout à fait appropriée (à ceci près qu’en espagnol, en l’absence de virgules détachant l’adverbe, l’ordre des mots obviamente no son serait préférable).

  • Cas des adverbes de modalité appréciative

29Ce sont, nous l’avons vu, les adverbes de cette catégorie qui « résistent » le plus à une traduction par des adverbes. Dans la série illustrée ci-dessous, seul amazingly (ex. 8) pourrait trouver une contrepartie en français avec étonnamment, mais son usage en tant qu’adverbe de phrase est peu courant à l’écrit (et reste critiqué d’un point de vue normatif) ; quant à l’adverbe asombrosamente en espagnol, il est majoritairement utilisé pour modifier un adjectif plutôt que comme adverbe de phrase. Les autres se heurtent en français à l’impossibilité morphologique de former des adverbes à partir des adjectifs concernés29, l’obstacle morphologique étant moindre en espagnol, où si les adverbes importantemente et significativamente sont bien répertoriés dans le Dictionnaire de l’Académie Royale, en revanche, interesantemente et comprensiblemente n’y figurent pas30.

30Quoiqu’il en soit, les traductions observées dans notre corpus font apparaître des transpositions vers un adjectif, qui vient s’insérer dans l’énoncé sous la forme d’une apposition parenthétique (par exemple en 6a/6b) ou antéposée (par exemple 7b, 8a)31, mais surtout à l’intérieur d’une prédication verbale à forme finie introduisant une subordonnée complétive (tous les autres cas cités ici, avec une variante concessive en espagnol en 8b, qui fait elle aussi intervenir la subordination).

(6) Secondly, and more importantly, since ‘irregularities’ can only be determined with reference to the ‘regularities’ from which they differ… (Lyons, Introduction to Theoretical Linguistics)

(6a) En deuxième lieu, et ceci est plus important, puisque les irrégularités ne peuvent être déterminées qu’en fonction des régularités dont elles s’écartent…

(6b) En segundo y más importante lugar, desde el momento en que las «irregularidades» sólo pueden ser determinadas con relación a las «regularidades» de las cuales difieren…

(7) Significantly, the key figure in the change from nineteenth- to twentieth-century attitudes was the Swiss linguist Ferdinand de Saussure… (Robins, A Short History of Linguistics)

(7a) Il est significatif que, dans ce changement d’attitude, le personnage central soit le linguiste suisse Ferdinand de Saussure…

(7b) De modo significativo, la figura clave en el cambio de la actitud del siglo xix a la del xx fue el lingüista suizo Ferdinand de Saussure…

(8) … we need to see how people create a complex language from scratch. Amazingly, we can. (Pinker, The Language Instinct)

(8a) … il nous faut observer comment des individus créent une langue complexe à partir de rien. Fait étonnant, c’est possible.

(8b) Hace falta averiguar cómo una sociedad crea una lengua a partir de nada. Y por sorprendente que nos pueda parecer, eso es posible.

(9) Just as interestingly, Sarah could not have been simply imitating her parents, memorizing verbs with the -s’s pre-attached. (Pinker, The Language Instinct)

(9a) Il est tout aussi intéressant de remarquer qu’il était impossible que Sarah imite simplement ses parents en mémorisant les verbes avec la terminaison -s déjà attachée…

(9b) Lo interesante del caso es que Sarah no podía estar imitando el lenguaje de sus padres y memorizando verbos con el sufijo -s adosado a ellos…

(10) …since our emotions or wishes are not readily detectable by others, it is common to wish to inform others that we have them. Understandably, though for slightly different and perhaps less estimable reasons in different cases, it becomes de rigueur to ‘express’ these feelings if we have them… (Austin, How To Do Things With Words)

(10a) comme nos sentiments ne peuvent être facilement perçus par les autres, nous souhaitons habituellement les en informer. On comprend alors – quoique ce soit pour des raisons un peu différentes et parfois moins louables –, qu’il devienne de rigueur d’« exprimer » ces sentiments si nous les éprouvons.

(10b) Y toda vez que nuestras emociones o deseos no son fácilmente descubribles por los demás, es común que queramos informar a éstos que los tenemos. Aunque por razones muy poco diferentes en diferentes casos, y quizá menos dignas de encomio, es comprensible que sea de rigueur “expresar” estos sentimientos si los tenemos…

31L’observation des traductions dans les deux langues confirme les hypothèses avancées précédemment à partir d’un corpus journalistique anglais-français32 : en espagnol comme en français on observe une hiérarchisation entre la prise en charge modale et la relation qui fait l’objet de la valuation, par le biais de la subordination ou du commentaire parenthétique, tandis qu’en anglais la qualification de type appréciatif est purement et simplement apposée à la relation assertée indépendamment : en évitant la hiérarchisation des relations, l’anglais fait cohabiter sur le même plan prise de position modale et assertion.

32D’un point de vue stylistique, il est indéniable que le recours à la subordination, et au mode subjonctif qu’elle appelle de façon contraignante dans certains cas – voir 7a, 8b, 10a, 10b –, produit dans les textes français et espagnols un niveau de langue plus soutenu, de nature plus « académique ». Plus largement, l’examen des traductions de ces adverbes de modalité appréciative soulève deux questions : la première, portant sur les originaux anglais, touche aux variations observables dans le genre même de ces écrits que nous avons qualifiés de « scientifiques », mais qui ne s’adressent pas tous exactement au même public. En effet, nous avons constaté que la plupart de ces adverbes « appréciatifs » apparaissent dans des ouvrages du corpus ayant une visée plutôt généraliste et s’adressant à un public relativement large, éclairé mais non nécessairement spécialiste33 ; il est par conséquent essentiel de tenir compte de cette hétérogénéité à l’intérieur même d’un corpus homogène par son domaine de référence, afin d’éviter toute généralisation abusive. La seconde question, d’un point de vue contrastif, consiste à se demander si les transformations observées dans les traductions françaises et espagnoles reflètent des différences dans le mode de rédaction dans ce genre discursif par rapport à l’anglais, ou si les choix effectués relèvent du processus de traduction. La partie français>anglais de notre corpus de textes linguistiques nous permet d’apporter un début de réponse et d’émettre quelques hypothèses concernant la fréquence des adverbes.

3. Nature du positionnement énonciatif : divergences entre anglais et français

33Le caractère bi-directionnel de la partie anglais-français du corpus nous a permis de rechercher dans les traductions anglaises des originaux français la même séquence <ly,>, afin de repérer les configurations en français langue originale qui ont été traduites par des adverbes « de phrase » en -ly. Comme le soulignent les travaux sur la linguistique contrastive de corpus, ce retour de la traduction vers l’original (« back-translation »), ou plus exactement cet aller-retour entre traductions et originaux, non seulement offre un panorama plus large des différentes stratégies d’expression d’une valeur sémantique donnée, mais permet aussi d’éviter les « effets de traduction » (ce que l’anglais désigne sous le terme souvent péjoratif de « translationese »). Dans le cas où deux langues disposent de formes potentiellement équivalentes (comme ici, les adverbes en -ly et les adverbes en -ment), cet aller-retour permet de mesurer le degré de « congruence » de ces formes, selon la proportion observée de « correspondance mutuelle » l’une avec l’autre, fondée sur les deux sens de traduction34. L’observation des originaux dans les deux langues conduit également à identifier les stratégies privilégiées par chacune d’entre elles, mettant par comparaison en évidence les cas de sous- ou de suremploi de tournures dans les textes en langue traduite.

34Les résultats de la recherche français>anglais sont reproduits dans le tableau 2, en conservant les mêmes catégories que celles qui ont servi au relevé à partir de l’anglais ; nous nous contenterons de commenter brièvement ces résultats, sans proposer d’analyses contextualisées, qui nous entraîneraient trop loin.

(a) Marqueurs renvoyant au caractère plus ou moins « évident » des faits ou des données : 4

il est évident que

Or,…

obviously : 2

Notamment

on constate que

notably : 2

(b) Marqueurs de valuation – jugement de valeur (modalité appréciative) : 8

(et) surtout : 2

(more/most) importantly :2

Contradictoirement

Paradoxalement

paradoxically :2

naturellement : 2

naturally :2

par une chance inespérée

fortunately

Étrangement

oddly

(c) Marqueurs de modalité épistémique : 4

à coup sûr

unquestionably

sans doute

undoubtedly

Certes

certainly

nécessairement

necessarily

(d) Marqueurs « d’attitude énonciative » : 14

d’ailleurs : 2

au demeurant

incidentally : 3

en effet

de fait

actually : 2

précisément : 2

plus exactement

precisely : 3

à la limite

en dernière analyse

enfin

ultimately : 3

plus généralement

generally : 1

par parenthèse

parenthetically : 1

accessoirement

secondarily : 1

Tableau 2 – Traductions par des adverbes relevées dans le corpus FR > EN (142 100 mots)

35Sur le plan strictement quantitatif, on note un nombre moins important d’adverbes dans les traductions anglaises que dans les originaux : 30 occurrences (47 dans les textes en anglais langue originale) ; la diversité des adverbes par rapport à leur total est un peu plus importante dans les traductions, les 30 occurrences se répartissant entre 18 adverbes différents (23 par rapport à 47 dans les originaux). On compte dans les originaux français 12 adverbes en -ment (se distribuant sur 10 adverbes différents), proportion qui, rapportée aux 30 adverbes en -ly des traductions anglaises, est légèrement plus élevée que dans le sens anglais>français ; à côté des adverbes figurent essentiellement dans les textes français des syntagmes prépositionnels détachés en tête d’énoncé, dont un certain nombre appartiennent à la catégorie des connecteurs interpropositionnels ou interphrastiques – par exemple : d’ailleurs, en effet/de fait, ou encore certes, à valeur concessive, et surtout or (traduit ici par obviously), dont des recherches antérieures menées sur des corpus français>anglais ont montré qu’il restait souvent non traduit en anglais35. Ce qui est le plus remarquable, dans l’optique de la comparaison avec nos résultats à partir de l’anglais vers le français et l’espagnol, c’est le très petit nombre de structures verbales suivies de subordonnées complétives dans les originaux, traduites par des adverbes en anglais – deux seulement : il est évident que… (obviously) et on constate que… (notably). Est-ce à dire qu’il faudrait voir un suremploi de ces structures dans les traductions à partir de l’anglais ?

36Si l’on y regarde de plus près, en s’intéressant aux valeurs sémantiques des adverbes et autres expressions du français dans le tableau 2, on s’aperçoit que la répartition entre les quatre catégories du classement est assez différente de celle que l’on observait dans le tableau 1 : seule la catégorie « modalité épistémique » est à peu près équivalente ; les catégories « modalité appréciative » et surtout « évidentielle » sont nettement moins représentées dans les originaux français, tandis que les marqueurs d’« attitude énonciative » sont plus nombreux (14 adverbes sur 31 dans les traductions anglaises, soit près de la moitié des occurrences relevées). En outre, on observe relativement peu de cas d’intersection entre les deux corpus, seuls 7 adverbes se retrouvant à la fois dans les originaux anglais et les traductions depuis le français : obviously (dont on avait pu relever la fréquence dans les textes originaux) ; importantly et fortunately dans la catégorie des appréciatifs ; undoubtedly pour la modalité épistémique ; enfin actually et generally marquant l’attitude énonciative.

37La comparaison des résultats obtenus à partir des deux sens de traduction dans ce corpus parallèle paraît suggérer un taux relativement faible de « correspondance mutuelle »36 entre les adverbes en -ly et les adverbes en -ment dans leurs emplois comme adverbes de phrase, mais fait surtout apparaître des choix différents dans les deux langues en ce qui concerne le type de modalisation exprimé dans ce genre textuel. Sans nous hasarder à tirer des conclusions hâtives de cette première exploration d’un corpus de taille modeste, la comparaison bi-directionnelle de ces quelques marqueurs de point de vue dans des textes de registre équivalent dans les deux langues apporte toutefois des éléments concrets pour étayer l’hypothèse d’un rapport différent aux marques de subjectivité dans les écrits académiques : l’anglais, souvent présenté comme une langue tendant fortement à la modalisation, semble privilégier, avec les deux premières catégories, l’intersubjectivité, avec des adverbes comme obviously invitant l’interlocuteur à partager l’« évidence » assertée par le locuteur, ou mettant en avant la valuation appréciative (significantly, interestingly…) susceptible d’attirer l’intérêt du lecteur sur les données assertées situées dans l’empan du modalisateur ; la modalisation adverbiale prévalente dans les originaux français tend, elle, surtout à préciser le positionnement de l’énonciateur origine des propos, soit vis-à-vis des chances de validité de ce qu’il avance (modalité épistémique), soit surtout pour « commenter son dire » et préciser la place qu’il accorde aux propos qui vont suivre (« attitude énonciative »).

38Ces observations, qui demanderaient naturellement à être testées sur un corpus plus vaste, sont un premier pas vers une caractérisation du style d’exposition privilégié dans les textes relevant du domaine de la linguistique, selon leur situation par rapport aux traditions rhétoriques de l’anglais et du français. Ainsi, pour compléter notre étude, nous avons relevé, dans le même corpus anglais<>français, un certain nombre d’adverbes (toujours en partant des textes anglais, originaux ou traduits du français) marquant non plus un positionnement énonciatif mais renvoyant aux étapes et aux articulations de l’argumentation. L’objectif n’était plus ici de vérifier leur traduction d’une langue à l’autre, ni leur correspondance (ou non) avec des adverbes en français, mais d’avoir une idée de leur fréquence dans les textes en anglais, selon qu’il s’agissait d’originaux ou de traductions depuis le français. Les résultats de ce petit « sondage » complémentaire du corpus paraissent au premier abord assez éloquents, et encouragent à pousser plus loin l’investigation :

Adverbes

Nombre dans les originaux anglais

Total = 71

Nombre dans les traductions depuis le français

Total = 174

Finally

6

68

similarly

correspondingly

equivalently

18

8

5

31

conversely

8

10

respectively

7

22

consequently

7

27

namely

12

16

Tableau 3 – Marqueurs d’étapes ou d’articulations du discours : originaux et traductions

39Le fait que ces marqueurs soient globalement plus nombreux que les adverbes de positionnement énonciatif n’a rien de surprenant, étant donné la nature des textes du corpus, visant la clarté dans l’exposé, mais c’est la dissymétrie entre textes originaux et traduits qui est frappante : ces adverbes sont près de deux fois et demie plus nombreux dans les textes traduits depuis le français que dans les originaux en anglais, les seules catégories identiques ou proches par la fréquence étant celles qui expriment la similarité (31 occurrences de similarly / correspondingly / equivalently37) ou le contraste (8 vs 10 occurrences de conversely). L’état des lieux qu’illustrent ces résultats, aussi sommaire soit-il, invite à se poser des questions : le nombre disproportionné de finally dans les traductions par rapport aux originaux reflèterait-il une tendance du français à ponctuer les étapes plus systématiquement ? À moins qu’il ne soit l’indice d’une différence de nature entre les textes anglais et français du corpus, au sein d’un genre qui, sous son apparente homogénéité disciplinaire, est plus disparate qu’il n’y paraît ? La représentation plus importante, dans les textes traduits du français, d’un adverbe comme consequently, marquant un rapport logique, est-elle à considérer comme le reflet de traditions différentes d’une langue à l’autre en matière d’explicitation de l’argumentation ? On voit qu’il reste bien du chemin à parcourir, dans ces allers-retours entre originaux et traductions…

En guise de conclusion

40Le terme de « conclusion » est peu approprié, dans la mesure où cette étude ne constitue qu’une étape du projet engagé autour des corpus multilingues. Nous avons cherché, en insistant sur les aspects méthodologiques, à donner une illustration de l’exploitation possible des propriétés à la fois parallèles et bi-directionnelles d’un corpus multilingue non seulement pour l’analyse contrastive du fonctionnement de certains marqueurs de « point de vue », mais aussi dans l’optique d’une caractérisation des registres respectifs de certains types de textes dans plusieurs langues. L’analyse des équivalents traductionnels de quelques adverbes de phrase de l’anglais vers le français et l’espagnol nous a permis, dans un premier temps, d’identifier certaines contraintes morpho-syntaxiques expliquant la diversité des tournures auxquelles ont recours les traductions face à un ensemble de marqueurs homogène en anglais ; prolonger l’étude à partir du français langue originale a permis d’affiner l’analyse contrastive de ces marqueurs du point de vue des choix sémantiques et modaux dominants de chaque langue, et d’avancer quelques hypothèses sur certaines caractéristiques de ces types de textes « académiques » dans chacune des deux langues. L’examen attentif des exemples relevés semble indiquer que le genre textuel représenté dans le corpus ne peut être considéré comme parfaitement homogène : à travers la série d’adverbes de « positionnement énonciatif » que nous avions choisi d’étudier, nous avons pu constater des variations non seulement selon le type d’ouvrage (destiné à un public généraliste ou spécialiste), mais aussi selon les auteurs, si l’on compare la prédilection que semble avoir Chomsky pour obviously ou clearly, par rapport à Pinker chez qui amazingly ou astoundingly visent plus manifestement à accrocher l’attention du lecteur. L’exploration reste à poursuivre, en l’étendant aux autres langues représentées dans le corpus.

Sources des exemples

Bibliographie

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Textes issus du corpus « GRAFE » ayant fait l’objet de la recherche ; il s’agit dans tous les cas d’extraits représentant une moyenne de 15 000 à 18 000 mots par ouvrage.

Originaux en anglais, traduits en français et en espagnol (128 700 mots)

Austin, J. L., 1975, How To Do Things With Words (1962), Oxford University Press.

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Traductions : M. Braudeau, Seuil, 1969 et C. Peregrín Otero, México/Madrid, Siglo XXI, 1974/2004.

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Traductions : M. de Fornel, Éditions de Minuit, 1986 et J.A. Millán & S. Narotzky, Madrid, Editorial Cátedra, 1995.

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Traductions : F. Dubois-Charlier & D. Robinson, Larousse, 1970 et R. Cerdà Massó, Barcelona, Aportación Universitaria, 1970.

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Originaux en français, traduits en anglais et en espagnol (142 100 mots)

Benveniste, É., 1966, Problèmes de linguistique générale, Vol. 1, Gallimard.

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Traductions : N.S.H. Smith, North Holland Publishing, 1973 et E. Bombín & M. Martínez Hernández, Madrid, Editorial Gredos, 1974.

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Traductions : W. Baskin, London, Peter Owen, 1960 et A. Alonso, Buenos Aires, Editorial Losada, 1945/2007.

Notes

1 Les sources du corpus figurent dans la bibliographie en fin d’article.

2 Voir par exemple, pour l’anglais, Greenbaum 1969, Guimier 1988, Simon-Vandenbergen & Aijmer 2007 ; pour le français, Guimier 1996, Molinier & Levrier 2000, revue Langue Française, numéros 88 (1990), 161 (2009) ; pour l’espagnol, Egea 1979, Fuentes 1991, Martinell 1993, González García 1997, Kovacci 1999.

3 Sur l’ambivalence de la portée syntaxique et sémantique des adverbes d’attitude émotionnelle, voir Nita, 2014.

4 Recensement cité par Guimier 1996, p. 2.

5 Voir par exemple Ramón & Labrador 2008 et Pérez Blanco 2009.

6 Voir en particulier Greenbaum 1969 ; Quirk et al. 1985 ; Molinier 1988 et 2009.

7 Véhiculant, selon le cas, le commentaire du locuteur sur la forme de ce qu’il dit (correspondant aux « style disjuncts ») ou sur le contenu de l’énoncé (« attitudinal disjuncts ») ; voir Molinier 2009 : 9, ainsi que Quirk et al. 1985 et Porroche Ballesteros 2006.

8 Voir Molinier et Levrier 2000, ainsi que l’article d’Anscombre et al. 2009, intitulé « Y a-t-il plusieurs apparemment ? », Langue Française 161, p. 39-58 ; voir également Torner (sous presse) sur les adverbes « évidentiels » en espagnol.

9 Voir Chuquet 1991, sur quelques adverbes « évaluatifs », à partir d’un corpus constitué manuellement d’exemples relevés dans des romans, dans la presse et à la radio ; Celle 2009, sur un corpus journalistique d’articles du Monde Diplomatique.

10 Voir Pérez Blanco 2009, sur les « stance adverbials », Ramón García 2009, sur les adverbes épistémiques, Ramón & Labrador 2008, sur les adverbes de degré, études basées sur un corpus parallèle anglais-espagnol.

11 Projet « GRAFE » (Grec, Roumain, Anglais, Français, Espagnol) des laboratoires FoReLL (université de Poitiers) et FRED (université de Limoges).

12 Voir Lefer & Vogeleer, Languages in Contrast, 2014, pour quelques exemples de « register- and/or genre-controlled multilingual corpora ».

13 Projet piloté par le laboratoire LIDILEM, Université Stendhal-Grenoble 3 ; on trouvera chez Tutin & Grossmann, 2013, une présentation des corpus élaborés dans le cadre de ce projet, un échantillon de travaux qui en sont issus et une bibliographie très complète sur le sujet.

14 Ibid, p. 12.

15 Ibid, p. 13.

16 Voir par exemple les travaux sur les corpus d’écrits scientifiques (articles de linguistique) effectués sur trois langues : anglais, français et norvégien – cf. Fløttum et al. 2006 ; Thue Vold 2008.

17 Les références des textes du corpus sur lesquels se base cette étude se trouvent dans la bibliographie en fin d’article.

18 Nous renvoyons simplement ici à Granger 1996 et Gilquin 2000, mais il s’agit là d’une constante dans tous les écrits traitant de recherche sur corpus multilingues.

19 Les chiffres indiquent le nombre d’occurrences de chaque adverbe ou de chaque traduction ; l’absence de chiffre pour une traduction en français ou en espagnol signifie que celle-ci n’apparaît qu’une seule fois.

20 Dans les deux derniers exemples du tableau (speaking generally et speaking vaguely), les adverbes n’ont pas un fonctionnement d’adverbe de phrase, puisqu’ils qualifient le participe verbal en -ing du verbe de dire ; nous les avons néanmoins inclus, dans la mesure où c’est ici l’ensemble <V-ing adv> qui marque l’attitude énonciative ; certes, ils ne posent pas le même problème de traduction, mais on peut remarquer qu’eux non plus ne donnent pas majoritairement lieu à des traductions par adverbes en -ment ou -mente.

21 Voir Celle 2009, p. 27-28.

22 Voir Chuquet 1991, p. 164-167.

23 Voir l’étude des traductions en espagnol de ces trois adverbes chez Ramón 2009.

24 Cf. la notion de « stance adverbial » développée chez Pérez Blanco 2009.

25 Il s’agit du CREA (Corpus de referencia del español actual) et du CORDE (Corpus diacrónico del español), comprenant tous les deux réunis environ 410 millions de mots.

26 Voir par exemple, pour l’espagnol, Ramón García, 2009, p. 78 : « The Spanish suffix -mente to form adverbs is stylistically marked for being longish and cumbersome and tends to be avoided by native speakers […] Bearing in mind the high frequency of -ly adverbs in English, it is reasonable to expect an overuse of -mente adverbs in translations from English into Spanish due to the influence of the source language. ».

27 En espagnol, dans deux autres cas, ce sont des passages qui n’ont pas été traduits, l’absence de traduction ne concerne donc pas spécifiquement l’adverbe.

28 La présentation des synonymes de evident (adj.) dans le Longman Webster College Dictionary (1984) est à cet égard intéressante : « Plain and clear both apply to what is immediately recognizable or unmistakable. Clear suggests the absence of confusion and plain distinctness or the absence of complexity » ; ce caractère « immédiat », dénué de complexité, s’oppose aux nuances modales ou appréciatives relevées pour les autres adjectifs présentés comme synonymes de evident, tels manifest, patent ou… obvious.

29 Quoique l’adverbe significativement soit répertorié dans le Grand Robert, il porte la mention « didactique », son emploi semble restreint aux contextes spécialisés (notamment statistiques), et il n’est pas utilisé comme adverbe de phrase.

30 Une recherche dans les corpus montre que importantemente est utilisé en tant que modifieur d’un verbe et non comme adverbe de phrase, d’où l’étrangeté d’une combinaison telle que « más importantemente » ; significativemente, en revanche, est utilisé en tête d’énoncé et en position détachée comme adverbe de phrase.

31 La traduction française sous (8a) nous semble au demeurant peu convaincante, et un énoncé original de ce type paraît peu vraisemblable dans un texte français appartenant à ce registre.

32 Cf. Chuquet 1991, p. 178-188.

33 Qui plus est, les adverbes dénotant un positionnement subjectif particulièrement marqué (amazingly, astoundingly) se rencontrent chez un seul auteur.

34 Voir par exemple Gilquin, 2006, dont le travail sur un corpus français-anglais bi-directionnel d’environ 200 000 mots d’originaux dans chaque langue met au jour le faible degré de correspondance mutuelle entre les structures causatives apparemment équivalentes en faire et make (+ infinitif), qui ne sont traduites l’une par l’autre que dans 15% des cas.

35 Recherches effectuées par des étudiants dans le cadre de cours de master de linguistique à l’université de Poitiers.

36 À titre purement indicatif, la taille du corpus et le nombre d’occurrences ne pouvant donner lieu à des résultats statistiquement significatifs, ce taux s’établit à 35% : dans le sens anglais>français, à peine un tiers des adverbes en -ly sont traduits par des adverbes en -ment, la proportion étant légèrement supérieure (40%) dans le sens français>anglais.

37 Notons au passage l’illustration apportée ici d’un phénomène déjà observé dans la langue de traduction, à savoir la réduction de la variation lexicale : en effet, un seul adverbe, similarly, est systématiquement choisi dans tous les cas dans les traductions à partir du français, tandis qu’il entre en concurrence avec correspondingly et equivalently dans les textes originaux.

Pour citer ce document

Par Hélène Chuquet et Ramon Marti Solano, «Adverbes de positionnement énonciatif dans un corpus d’écrits scientifiques. Étude contrastive anglais – français – espagnol», Cahiers FoReLLIS - Formes et Représentations en Linguistique, Littérature et dans les arts de l'Image et de la Scène [En ligne], Cahiers en ligne (depuis 2013), Traces de subjectivité et corpus multilingues, II. Les potentialités des corpus multilingues parallèles et les enjeux de la subjectivité selon les genres, mis à jour le : 23/04/2020, URL : https://cahiersforell.edel.univ-poitiers.fr:443/cahiersforell/index.php?id=689.

Quelques mots à propos de :  Hélène Chuquet

Université de Poitiers, FoReLLIS EA 3816

Quelques mots à propos de :  Ramon Marti Solano

Université de Limoges, CeReS, EA 3648